Claude Zéba
Deux semaines après l'attaque surprise perpétrée contre une base militaire camerounaise à Bakassi, le mystère reste total sur l'identité des assaillants. Ce qui conforte l'idée d'une tentative de déstabilisation de l'Etat à partir de Bakassi pour précipiter le départ du Président Biya, et consacrer le rapt du pouvoir par une bande d'individus qui souhaitent le voir s'éterniser au perchoir, pour des intérêts bassement personnels. Etant donné que le Chef de l'Etat ne serait pas favorable à la modification de la Constitution
Lundi 12 novembre 2007. Il fait beau temps dans la zone pétrolifère de Bakassi comme sur toute l'étendue du territoire, même s'il a circulé la semaine précédente à l'intérieur du triangle national la " folle rumeur " d'une tentative de " coup d'Etat ". Soudain, une bande armée, jusqu'ici non encore formellement identifiée décide de mettre à mal la quiétude des Camerounais en lançant l'assaut contre l'une des bases avancées de l'armée camerounaise (le poste C3, notamment) stationnées dans la presqu'île de Bakassi depuis quelques années, pour assurer la surveillance de la zone. Faisant une vingtaine de morts et 10 blessés dans les rangs camerounais.
Le gouvernement, dans un communiqué laconique publié au lendemain de l'incident, tente une explication : " Dans la journée du 12 novembre 2007, une position de nos forces de défense dans la presqu'île de Bakassi, située au carrefour de navigation entre le Rio del Rey et la crique Isangele a été attaquée à l'arme collective par un groupe d'individus sans attributs militaires apparents. (….) les assaillants, navigant à bord de sept embarcations rapides, ont pu approcher le poste baptisé C3, ouvert le feu, faisant 21 morts et 10 blessés parmi nos militaires.
Au cours de la riposte, une dizaine d'agresseurs ont été abattus et une de leurs embarcations détruite ", pouvait-on lire. Un communiqué contre lequel les hommes de rang seraient très remontés, comme le confiait un des leurs au journal Le Messager la semaine dernière " Les gens s'asseyent à Yaoundé et écrivent des choses qui n'ont rien à voir avec la réalité du terrain. On parle de dix assaillants tués. Où sont les corps de ces gens-là ? ". Comme il fallait s'y attendre, les premiers soupçons vont peser sur le camp d'en face, le Nigeria ; même si le communiqué de la Présidence la République
Abuja tente de réagir, dans un communiqué publié dans les colonnes du quotidien This Day paraissant à Lagos, niant toute implication dans cette " affaire ". Avant de jeter à son tour l'anathème sur ses ennemis jurés, les rebelles du Delta du Niger qui écument les lieux, et d'offrir par la suite de coopérer avec le gouvernement camerounais à faire la lumière sur les auteurs et les mobiles de cette attaque qui intervient au moment où tout semble se normaliser entre Yaoundé et Abuja.
On se rappelle que depuis l'arrêt de la Cour Internationale la Haye
Et si l'ennemi venait de l'intérieur…
Selon les analystes, deux faits majeurs créditent la bonne foi des compatriotes du Président Umaru Yar'Adua. D'abord, la signature le 12 juin 2006 de l'accord de Greentree et le retrait effectif des troupes nigérianes de la presqu'île de Bakassi le 14 août 2006, puis leur désir de voir l'ex-Président Olésegun Obasanjo bénéficier d'une reconnaissance internationale (le prix Nobel de la paix, pourquoi pas ?) en récompense à sa contribution au règlement pacifique du conflit de Bakassi.
A moins que les autorités fédérales d'Abuja ne jouent double jeu. Ainsi, pensent les observateurs, le " Géant voisin " ne saurait venir lui-même saper ses bonnes intentions et ses " légitimes " aspirations. Du coup, la piste la plus plausible reste celle de la rébellion du Delta du Niger. Mais, contre toute attente, celle-ci va déclarer quelques jours plus tard, le 18 novembre 2007, sur les antennes de la BBC
En l'absence de toute revendication, c'est le black-out total qui est ainsi fait autour des auteurs du raid ! Mais entre temps, les Camerounais continuent à se demander : qui a tiré sur les soldats camerounais ? L'Armée camerounaise serait-elle infiltrée de l'intérieure par des lobbies qui se battent pour le contrôle du pouvoir à l'orée 2011, au point d'amener les bidasses camerounais à retourner les armes les uns contre les autres ?
Une hypothèse à prendre très au sérieux, étant donné que certaines langues affirment que l'attaque surprise du 12 novembre dernier serait diligentée par les auteurs du putsch déjoué qui voudraient par là passer la gomme sur toutes les indices susceptibles de les nuire. L'enquête ouverte par le gouvernement au sujet de la tuerie de Bakassi devrait pouvoir faire la lumière sur l'énigme, surtout que, d'après les experts, à partir des balles retrouvées sur les victimes, il est possible de remonter la filière jusqu'à ses origines. Vivement que lumière soit faite sur cette triste affaire !

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