Le Phénomène des transes interroge t-il l'Eglise ?
Père Edmond Ndzana, Directeur des Programmes Radio Veritas à Douala
La manifestation la plus récente du phénomène des " transes à l'école " vient de défrayer abondamment la chronique, et comme toujours en pareil cas, tous les micros, toutes les caméras des chaînes de radio et de télévision se tournent vers l'Eglise pour poser la question rituelle : " Que pense l'Eglise du phénomène des transes ? "
La première réaction d'un homme d'Eglise pourrait être d'esquiver la question en disant : Les transes n'ont rien à voir avec l'Eglise. Elle n'a rien à dire là-dessus ; allez plutôt interroger le médecin, le psychologue, le psychiatre… Mais, ce serait oublier la remarque pertinente d'un grand poète latin qui déclare : " Homo sum, et nil a me humanum alienum puto " (en tant qu'homme, rien de ce qui concerne l'homme ne peut me laisser indifférent. ").
Ce serait surtout oublier le rôle que Jésus donne à jouer à son Eglise dans cette humanité qui a tant besoin de salut. Jésus est venu " propter nos homines " (pour nous les hommes), et l'Eglise revendique de continuer dans la société des hommes la présence de Celui qui est venu nous sauver. La Constitution
Des dizaines d'enfants tombant en transes, un Directeur-Fondateur d'établissement scolaire molesté et presque lynché par ses élèves et autres casseurs, des Hôpitaux mobilisés pour accueillir les victimes d'une soudaine épidémie, des Sapeurs pompiers, des policiers, des autorités administratives, pédagogiques et politiques convergeant vers le Collège de la Maturité
Comment l'Eglise pourrait-elle se tenir superbement à l'écart d'une telle explosion destructrice des valeurs humaines et chrétiennes ?
A vrai dire, nous pouvons résumer ainsi en quelques mots, le rôle qu'assume l'Eglise de par sa vocation essentielle : 1) accueillir, - 2) compatir, - 3) calmer, - 4) instruire et éduquer, à temps et à contretemps, pour éviter les dérives de la vindicte populaire et de la superstition , - 5) garder ouvert l'accès éventuel à des causalités situées dans un monde spirituel qui nous dépasse, - 6) ouvrir des pistes de prévention, en interpellant la société toute entière dans ses comportements délétères et mortifères.
S'agissant de l'accueil, on ne pourra pas s'étonner de voir les parents des victimes converger en masse vers les paroisses et les églises. Les prêtres n'ont rien fait pour attirer cette clientèle. La plupart des enfants se présentaient avec leur perfusion au bras, car nous savons que la première question que pose le prêtre dans ces cas, est celle-ci : " Avez-vous déjà vu le médecin ? Et que dit-il ? " Nous savons par ailleurs que dans ce cas précis, à part un nombre très réduit d'enfants convaincus d'asthme ou d'allergie, sinon d'hypotension, les infirmiers et médecins disent ne déceler aucune cause médicale. Or, l'Eglise véhicule une image maternelle et protectrice qui attire spontanément ses fils et filles en désarroi, ainsi que les parents, même habituellement éloignés du giron de l'Eglise. " De coelo tonantem credidimus Jovem " ( Le fracas du tonnerre déclenche notre foi en Jupiter ), autrement dit, c'est au moment des catastrophes que l'homme retrouve spontanément ses réflexes religieux enfouis dans l'inconscient ancestral.
La compassion de l'Eglise
Avant d'asperger d'eau bénite les victimes de transes, l'Eglise leur manifeste sa compassion, à eux et à leurs parents. " Qui de vous souffre sans que je souffre ? " s'écrie Saint Paul en s'adressant aux fidèles des Eglises qu'il a fondées. Dans le cas des transes, la souffrance physique et morale est généralisée. L'Eglise ne peut pas applaudir à la violence aveugle des casseurs, au lynchage d'un Directeur d'Etablissement ; elle ne peut cautionner la noyade des valeurs élémentaires de toute civilisation, elle ne peut se permettre les raccourcis idéologiques de ceux qui voient le diable partout et sont toujours prêts à brandir l'épouvantail de la sorcellerie et des Sectes ésotériques.
L'Eglise est porteuse de Paix, de calme, elle ne favorise pas le désordre, alors même qu'elle est l'institution la plus révolutionnaire du monde, parce qu'elle vise d'abord à changer le cœur de l'homme. C'est ainsi que l'Eglise fait flèche de tout bois. Elle profite d'une occasion comme celle des transes à l'école pour instruire, éduquer, " à temps et à contretemps ", ouvrir les yeux de l'intelligence et apprendre en toutes choses " à raison garder ". Pas de panique ! ! ! Il faut rechercher les causes du phénomène, en suivant les règles d'une bonne méthodologie qui explore d'abord les causes " prochaines ", visibles, avant de se hasarder dans le monde invisible où interviennent les causes invisibles, " mystiques ", métaphysiques, spirituelles…
Les scientifiques ont leur mot à dire, et parfois, le premier mot, mais jamais le dernier mot. Il ne faut pas dire : " Nous n'avons affaire là qu'à des phénomènes d'HYSTERIE COLLECTIVE, rien de plus. " Qu'en savons-nous ? Sur quels éléments nous baser pour affirmer péremptoirement que les quelque 40 victimes des transes sont toutes - et elles seules, à un moment donné, en un lieu donné, - perturbées dans leur inconscient par des phénomènes de refoulement dus à un surmoi tyrannique… ?
Or l'Eglise, à la suite du Christ, croit à l'existence d'êtres spirituels, donc invisibles, qui peuvent exercer une action bénéfique ou maléfique dans notre monde visible. Parler d'Anges ou de Démons n'est pas un tabou dans la religion chrétienne dont le Fondateur affirme qu'il est venu détrôner le Prince de ce monde et libérer les créatures de Dieu. Le Diable est très fort, mais Jésus est infiniment plus fort ; le diable est méchant, mais les flots de sa méchanceté viennent se briser contre le roc de la Bonté
L'exorcisme dont on parle tant aujourd'hui, au risque de se faire manipuler par des charlatans, ne consiste pas seulement à crier à tue-tête " Je te l'ordonne, démon, sors de ce corps ! " Le vrai exorcisme consiste d'abord à mettre l'homme sous la mouvance de l'Esprit-Saint, en le purifiant de ses péchés, et le faisant vivre comme un enfant de lumière, puisque dans le match de la Lumière la Lumière
Vocation pastorale de l'Eglise
L'Eglise profite du " phénomène des transes " pour exercer sa vocation pastorale : elle est prête à intervenir pour apporter la guérison du corps par la guérison du cœur, mais surtout, elle interpelle tous les acteurs sociaux concernés pour PREVENIR l'apparition de tels bouleversements : quand le corps brûle de fièvre, il ne suffit pas de le couvrir d'une serviette froide, il faut cibler et attaquer le virus qui est à l'origine, et veiller à une bonne Hygiène physique et morale.
A travers les médias, pourraient se tenir des Etats Généraux de la famille, des Etats Généraux de l'Education sur le thème bien connu : " Quel avenir préparons-nous à nos enfants ? Quels enfants formons-nous pour le Cameroun de demain ? Quelles valeurs voulons-nous leur transmettre ? La corruption ? Le Vol à main armée, une Sexualité sans frein, la drogue du Tapage incessant et assourdissant ? "
Ne nous voilons pas la face : les transes ne proviennent pas uniquement du fait que les enfants n'ont pas eu le matin un bon petit déjeuner substantiel. Nous sommes tous interpellés : si nous ne veillons pas à transmettre à nos enfants des valeurs solides et constructives, leur fragilité intérieure en fera la proie de tous les manipulateurs visibles ou invisibles. Alors, " Bonjour les dégâts ! "

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