Pascal Sokoudjou, Médecin au Cabinet de Radiologie Le Farafy Bali-Douala
Depuis quelques années, une nébuleuse sans visage a fait irruption sur le champ médiatico- politique. Durant tout ce temps, il a été vécu et présenté comme un épouvantail tapi dans les rouages de l'administration et se préparant à fondre sur le pouvoir. On disait cette menée irait jusqu’au parricide.
Tous ceux ayant de près ou de loin été associés à cette entreprise dite subversive ont tôt fait de le démentir, souvent de façon véhémente. Mais rien à faire, la presse tenait son filon et n'entendait pas lâcher prise. C'était une arlésienne permettant de gloser à n'en plus finir. Puis, vint le dernier remaniement ministériel. De pestiféré, la perception du G11 dans les mêmes journaux devint celle de victime. Dorénavant, les ministres sortis sont présentés comme les dignes représentant d'un clan ethno-régional qui se proposerait de maintenir au point G central le centre de gravité du pouvoir sur l'axe néocolonialiste censé déterminer la dévolution du pouvoir au Cameroun.
Cette thèse a été développée par un politologue ayant pignon dans la presse. L'observateur se voit donc obligé de relire un phénomène qu'il avait tôt fait de reléguer au rang de rituel de cannibalisme récurrent sous notre chapiteau politique. A la lumière des derniers développements, on peut la considérer comme une partition politique sérieuse, méthodiquement exécutée. Et pourtant, cette manoeuvre est le prototype de pratique politique exécrable à bannir de notre champ politique.
En effet, il détruit le pouvoir dans son essence. Si nous admettons avec le Pr Hannah Arendt cité par le Pr. Eboussi que " le pouvoir correspond à l'aptitude de l'homme à agir et agir de façon concertée (…) ", il devient donc évident qu'avoir des ambitions personnelles et se donner les moyens d'actions concertée, fait partie du basique politique. Or, en diabolisant toute idée de construction de solidarité active pour la conquête et l'exercice du pouvoir, nous promouvons une société politique de soliste. C'est-à-dire une société politique incapable de pouvoir.
Pire, en déniant aux individus -qui peuvent aussi se refuser à assumer leur ambition- le droit à la saine émulation, nous consacrons la société des médiocres, où toute tête débordante doit être décapitée. Dans une société déjà atomisée comme la nôtre, la conjonction de ces deux facteurs, associée à la corruption rampante, a fini par réduire l'idée du pouvoir à sa plus simple expression : La nomination à des postes ministériels est perçue comme une position de rente où l'esprit de jouissance enivre. Le leadership au pouvoir ne peut donc prétendre jouer sa pérennité sur l'anéantissement de tout cercle concentrique de pouvoir en son giron.
La gestion du pouvoir consistant justement à lire les équilibres entre ces différents agrégats. Il va sans dire que dans ce jeu de perchiste, la loyauté est aussi cardinale que la solidité des cordages de la scène et du filet tendu sous le trapéziste au cirque. Que le trapéziste vienne à douter de la solidité de ses appuis qu'il ne réussira aucune figure.
Cette approche n'est évidemment pas celle des tyrans qui, comme le dit le Pr. Eboussi, font de la promotion de la médiocratie, d'une funeste passion pour l'argent et l'entretien d'un climat de méfiance dans le peuple, les moyens de perpétuation de leur emprise. Nous remarquons que dans notre contexte, c'est la presse qui entretient la psychose, galvaude la lutte contre la corruption par son approche sensationnelle, en se refusant de prendre la chose par ses conséquences.
Démocratie de marché
Cet état de chose induit la nostalgie de ce que Attali nomme les " dictatures éthiques " et qu'il présente comme une des réponses possibles à la démocratie de marché dont les forces du capital auraient corrompu les fondements humains, en sacrifiant l'homme à l'hôtel du marchand. Il est un truisme que d'affirmer que la corruption est l'appendice malin du marché où tout s'achète, la bienveillance comme la loyauté.
Et de César à Sankara, les peuples ont applaudi ces régimes martiaux répondant aux corruptions de l'élite. Tyrannie et corruption ne sont donc que deux facettes ou modalité d'un même phénomène, que quand la capacité de pouvoir de l'élite gouvernante rencontre une ingénierie étatique tournée vers un horizon historique conscient. Brutus croyait défendre la république au complot des Ides, mais son acte a permis la réinstallation des patriciens dans leurs orgies prévaricatrices et corruptrices.
La conséquence a été une accélération de l'apogée de l'empire. D'où le triomphe posthume de César qui a d'ailleurs fait fleurir l'idée qu'il se serait laisser tuer par calcul politique.
Pour revenir à notre contexte, on a l'impression que l'horizon des jeux de pouvoir est bassement clanique, avec en perspective, l'instrumentalisation de l'instinct égoïste de la multitude que l'on aura pris soin d'aiguiser, de polluer par des philosophies irrédentistes telle la planification ethnique. Dans un tel contexte, les détournements de fonds publics ne se greffent que sur un fond corruptif et médiocre beaucoup plus pernicieux pour ensemble produire l'anarchie.
C'est donc sur ce patient que veut se pencher le Chef de l'Etat. Il a entre autres prescriptions assignées au nouveau gouvernement, demandé l'intensification de la lutte contre la corruption. Il dit en effet que "Le détournement de l'argent public quelle qu'en soit la forme, est un crime contre le peuple qui se voit privé des ressources qui lui reviennent ". Or, la presse crédite le G11 d'une surface financière qui, si elle était avérée, mériterait à tout le moins un regard du Procureur, sans que pour autant, nous soyons dans un cas de figure où le Khalife voudrait punir ceux qui ont lorgné son trône.
Le faire, ce serait d'ailleurs accéder à une exigence de la presse qui a toujours voulu que ces dénonciations soient des détonateurs d'enquêtes. Que ce soit la même presse qui aujourd'hui manœuvre pour se dédire, pose la question de l'entendement du rôle qu'elle se donne dans notre démocratie. Le marché aurait-il eu raison de sa gouverne dans ce contexte morose ?
Il y a un an, à la même époque et dans le même contexte de remaniement, je concluais un article par ces mots : " Nous espérons que la promotion de l'auteur de " Député de la nation " - livre mettant à nu les travers de la caporalisation du politique par l'administratif, et des connivences de ce dernier avec une certaine presse aux ordres, est un signe avant coureur de cette volonté d'assainissement tous azimuts ". Il ne nous reste plus qu'à espérer que le journaliste au Ministère de la Communication

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