Qui embrasse les PME/PMI camerounaises pour mieux les étouffer ?
Père Antoine de Padoue Chonang
On ne donne pas la nourriture à un enfant sans se lécher les doigts ", dit un proverbe de chez nous. Soit ! Mais, lorsque la nourrice vorace dévore tout le plat de nourriture destiné à l'enfant, sans même lui tendre ses doigts à lécher, cela devient, non seulement un délit hautement répréhensible, mais un crime d'autant plus abominable qu'elle ratifie, de façon déguisée mais inéluctable, la mort programmée de l'enfant confié à ses soins, et qui n'aspirait qu'à vivre pour apporter sa modeste pierre à la construction de son pays.
La SGBC ressemble, à s'y méprendre, à cette nourrice fatale, elle auprès de qui M. DJOKWE Isaac, le promoteur de la Cameroon Sporting Wear Manufacturer (CAMSWEM), ignorant que, pour dîner avec le Diable, il faut s'armer d'une longue cuillère, avait recouru il y a 16 ans pour solliciter un crédit, afin de faire croître et prospérer sa jeune structure, qui s'avérait, dès le berceau, hautement compétitive dans le créneau select et apparemment réservé des équipementiers sportifs. " Compatissante " - mais, avec des visées autres que philanthropiques - la SGBC s'empressa de voler à son secours. C'est ainsi que le 27/02/1989, en sa qualité de banque tutélaire locale, garante des transactions entre le promoteur de CAMSWEM et la Banque de Développement des Etats de l'Afrique Centrale (BDEAC), bailleresse des fonds, la SGBC instruisait cette dernière d'avoir à endosser 5 (cinq) billets de mobilisation réescompte : " Nous vous adressons ci-contre pour signature cinq billets à ordre en vue de la mobilisation auprès de la BANQUE DES ETATS DE L'AFRIQUE CENTRALE de vos utilisations de découvert. ". Il faut savoir que chaque traite équivaut à 12 millions de FCFA. Les 5 billets à ordre devaient donc rapporter à M DJOKWE la bagatelle de 60 millions de FCFA.
Mais, où le bât blesse, c'est lorsque, par une alchimie nébuleuse digne d'un véritable capo di tutti capi, le " cinq ", initialement frappé à la machine, en toutes lettres, au-dessus des pointillés, est re-précisé par la suite en chiffres, entre parenthèses (10), et à la main, en face dudit élément (cf. fac-simile ci-contre)! ! Le macabre manège est ensuite " authentifié " par la signature d'un haut cadre, toujours en poste à la Société Générale ! L'on ne peut que s'étonner de voir, chez des gens pourtant rompus à l'art consommé de compter quotidiennement de l'argent qu'on leur confie en toute quiétude en tonnes de liasses et de pièces à travers le monde, l'assurance avec laquelle un auguste cadre des hautes finances internationales peut certifier, sans sourciller, que cinq égalent… dix ! Une vraie démonstration, en somme, de la mathématique tropicalo-bananière, et qui bat à plate couture le truisme fondamental qui légitime la fraude et la corruption chez nous : " Le Cameroun, c'est le Cameroun " !
Mais, le comble, c'est qu'ils ont réussi à faire avaler cette couleuvre monumentale à la BDEAC ! Allez savoir comment…Ce qui a permis aux mauvais larrons de décaisser la rondelette somme de 120 millions de francs CFA! De ce montant, à part les 12 millions équivalant à la première traite effectivement touchée par le DG de CAMSWEM - et qui a depuis longtemps fait l'objet d'un remboursement intégral - on ignore jusqu'aujourd'hui la direction prise par les 108 millions restants !... Une chose est claire : ce document, signé par Dame Anastasie NZEUKO, le Fondé de Pouvoirs, et par C. HOUETTE, le sous-Directeur, constitue, à n'en point douter, la preuve irréfutable du faux en écriture de commerce, d'usage de faux, et de détournement flagrant de la somme de 108 millions de FCFA de la BDEAC-Douala, au détriment, non seulement de l'Etat camerounais, mais encore de tous les Etats de la Sous-région de l'Afrique Centrale, co-propriétaires de la BDEAC ! Et cela - ne l'oublions pas - grâce a des traites forcées en nombre et en montant. On comprend dès lors pourquoi la SGBC a toujours refusé de sortir les listings et historiques relatifs à ces diverses opérations…
Pour parachever le crime, la SGBC, après avoir réussi ce hold-up financier, s'était empressée d'inscrire ledit montant dans le Titre Foncier n0 8015, en le qualifiant machiavéliquement de " frais de pénalités dues au retard de paiement de la créance "… Ce qui, à y regarder de près, correspond au montant exact du détournement, plus la quasi-totalité du dépôt initial de 850 000 F effectué par M DJOKWE pour l'ouverture de son compte n0 1000500032693 dans ses livres (montant épluché de quelques milliers de francs, pour tenter de maquiller le forfait !).
Au finish, le CAMSWEM, non seulement n'aurait aucunement bénéficié du crédit demandé, mais encore serait contraint de payer des centaines de millions non sollicités- mais décaissés dans son dos ! - avec, cerise sur le gâteau, la confiscation de son Titre Foncier hypothéqué lors des transactions ! Si ce n'est pas là étouffer dans l'œuf une jeune structure camerounaise prometteuse - ce que la banque a réussi à faire depuis lors- et pousser son promoteur, ainsi ruiné de fond en comble, au suicide - qu'est-ce que cela peut bien être alors ? Mais, comme un crime n'est jamais parfait, voici que, 16 ans après, la SGBC, acculée par des preuves accablantes, reconnaît enfin, malgré elle, n'avoir jamais accordé à M DJOKWE le crédit pour lequel elle n'a jamais cessé de le harceler, manœuvres qui l'ont contraint depuis des lustres à mettre la clé sous le paillasson. Mais, entre-temps, l'argent avait quand même été effectivement décaissé.
Où est donc passé cet argent ? Le promoteur a été démoralisé et ruiné : qui donc le dédommagera moralement et matériellement ? Le Fonds de Garantie des Petites et Moyennes Entreprises (FOGAPE), qui soutenait justement les efforts des jeunes loups du business camerounais à l'instar du CAMSWEM, a depuis longtemps fait faillite. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Combien d'autres entreprises du même genre, combien de particuliers naïfs ont vu leurs sociétés et titres fonciers engloutis par l'insatiable Ogre benoît ? Jusques à quand prévaudra l'Omerta (la loi du silence), au nom du mythique " secret bancaire ", qui semble n'avoir ici d'autre finalité que de permettre l'élimination au silencieux des gêneurs des intérêts maffieux tentaculaires, diamétralement opposés aux intérêts nationaux ?
A quand le vol plané de l'Epervier au-dessus de ces parages nauséeux, pour tenter d'en sonder les profondeurs abyssales ? Faut-il croire qu'il existe, dans ce pays, des catégories exceptionnelles de citoyens qui peuvent impunément se soustraire aux griffes du Vautour inquisiteur et au Glaive aveugle de la Justice - dont le Chef d'Etat s'est porté personnellement le Garant - et cela, à l'heure de l'assainissement des finances publiques, où tous les gestionnaires indélicats, quels qu'ils soient, sont appelés à " rendre gorge "? Au fond, qui a peur de l'émergence des PME/PMI camerounaises ? Qui embrasse les PME/PMI camerounaises pour mieux les étouffer ? Autant de questions qui méritent urgemment réponse. En tout état de cause, nos enquêtes continuent.




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