Ces Eglises qui se déchirent au sujet de Noël
Claude Zéba

Faut-il ou non célébrer la naissance du Sauveur ? La question continue à diviser bon nombre d'églises. Pour les partisans du oui, refuser de célébrer le mystère de l'incarnation, c'est refuser d'entrer dans la nouvelle Alliance.
« N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa maison » (Mt 10, 34-36). C'est certainement dans ces propos du Christ qu'il faut aller chercher les causes de la grande fracture désormais consommée entre les églises et autres « églisettes » au sujet de Noël.
En effet, Juifs, Musulmans, Témoins de Jéhovah, de même que certains adeptes des mouvements mystico-religieux à l'instar de la Rose-Croix, pour ne citer que ceux-là, ne célèbrent pas Noël. Les premiers, c'est-à-dire les Juifs, célèbrent cependant en décembre la fête des lumières ou Hanouka, différente de la fête de la venue de la vraie Lumière du monde Jésus-Christ. Ils vivent depuis plus de 2000 ans l'Avent c'est-à-dire dans l'attente du retour prophète Elie qui, selon eux, doit venir leur annoncer la venue du Messie. Les seconds (les Musulmans) rejettent Noël parce qu'il ne leur a pas été prescrit par le prophète Mahomet comme une fête musulmane. Même si le Coran affirme que Jésus est né miraculeusement d'une vierge (Sourate III, verset 42/47).
Emboîtant le pas aux mahométans, la Rose-Croix d'Or a expliqué au cours d'une conférence donnée en 1996 à Douala sur le thème «Le mystère de Noël dévoilé » qu'il était absurde, voire insensé de célébrer « la naissance d'un Palestinien qui a vécu pour son salut et qui a été enterré chez lui après sa mort ». Parce que, arguent-ils, tous les hommes sont des Jésus en devenir. Et que Jésus est devenu un « grand Maître » au point d'être pris pour Dieu, par le simple fait qu'il a « su développer la lumière qui sommeillait en lui ». Chose que chaque être humain est en mesure de faire s'il s'y met résolument, clament-ils.
Les Témoins de Jéhovah quant à eux condamnent avec véhémence tout ce qui se fait autour de Noël parce que, soutiennent-ils, Noël n'est ni une pratique ni une expression biblique et a une origine païenne. A ce titre on ne saurait célébrer Noël comme une fête religieuse. Outre, cela les Témoins pensent qu'il est malsain de célébrer la naissance du Christ parce qu'Il (Jésus) a lui-même recommandé de commémorer sa mort et non pas sa naissance.
Arguments que balaie d'un revers de main l'Abbé Martin Bilong. Pour lui, avant d'accomplir son Sacrifice, Jésus-Christ est d'abord venu, il s'est fait homme et est né de la Très Sainte Vierge Marie la nuit de Noël. La célébration de la naissance de Jésus n'est pas à prendre comme une négation de l'unique mystère de l'Eglise qui est celui du Christ mort et ressuscité. Au contraire… Cette célébration de la venue du Fils de l'homme marque, pour le chrétien, son adhésion et son acceptation du projet du Dieu-Sauveur sur lui. Car « Refuser de célébrer la venue du Messie, a-t-il conclu, ce n'est ni plus ni moins refuser de l'accueillir, de faire alliance avec lui ».




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