Père Antoine de Padoue Chonang
Elles étaient 3 au Centre Culturel Français de Douala ce jeudi 16 novembre 2006 pour raconter leur rêve. Celui de la femme qu'elles ont rêvé d'être, et celle qu'elles sont devenues.
La poétesse et romancière camerounaise bien connue Solange Bonono, la mauricienne Anandi Devi, et la belgo-gabonaise Sandrine Bessora étaient là pour retracer leur parcours initiatique qui s'apparente fort à la dialectique de la balançoire -ou plutôt des Balançoires- ayant servi de support à leur rêve. Car, en fait, il s'agissait de présenter au public un ouvrage de fiction, Les Balançoires, réalisé par un collectif de7 femmes venues des univers aussi disparates que L'Ile Maurice, Cameroun, Limoges, etc… Au fil des 156 pages, chacune replonge dans son passé, pour exhumer, du fond de son moi, « la substantifique moëlle » (pour emprunter à Montaigne) à proposer aux jeunes en quête de la réalisation de leur propre devenir. Dans cet univers onirique, où le fantastique et le réel s'interpénètrent dans une alchimie ensorcelante, le lecteur peut donner libre cours à l'éclatement de soi, et accéder, à l'autre bout de la balançoire, aux rives de son propre imaginaire.
Si le rêve est au centre de l'ouvrage, au point que Bonono s'écriera : « Si on ne rêve pas, c'est qu'on est mort ! », on peut se poser la question de savoir si la finalité de ce recueil ne serait en définitive, que de convier à la rêverie, à contempler son propre nombril dans un narcissisme d'autruche, où l'on s'enfonce la tête dans le sable pour éviter de voir les réalités trop dures à supporter ? Nos amazones s'en défendent vivement. Bessora ira même jusqu'à dire que l'écriture n'a pas pour but de proposer des directives ou des solutions. Une fervente adepte de l'art pour l'art, en somme ! Pourtant, de l'avis de l'éditeur, Mballa Elanga, ce qui l'a poussé à lancer ce recueil, c'est le souci de revaloriser la femme, pour qu'elle n'en reste pas à la superficialité. Mais, la femme n'a-t-elle rien d'autre à apporter à la Société que le rêve ? Devant la ruée mortelle de la jeunesse -particulièrement féminine- vers l'Occident « pour se chercher » (donc pour réaliser leur rêve !), où elles deviennent très souvent la proie des maquereaux impitoyables, et finissent dans des réseaux immondes de la prostitution, pendant que leurs homologues masculins meurent, congelés, dans les trains d'atterrissage des avions à destination de l'Europe, n'y avait-il pas moyen de les aider à « cathartiser » leur rêve, afin de vivre autrement le rêve qui est leur hantise de l'heure : partir ?
Peut-être s'agit-il là d'un choix en écriture, si pas d'une thèse, du moins d'un genre. Et tout choix comporte des missions (quand bien même aucune ne lui est assignée !) et des omissions… Néanmoins, ne dit-on pas que les grands voyages commencent par de petits pas ? Encore que nos écrivains n'en soient pas à leur début, loin s'en faut ! Mais la série, comme annoncé, n'en est encore qu'à sa phase initiale. Il est à espérer que la suite de la collection saura jeter le pont entre le rêve et la réalité de l'heure, afin que, sur la sellette des Balançoires, le rêve devienne réalité, la réalité vécue, la réalité d'aujourd'hui, exorcisée. En attendant, on ne perd rien à parcourir cet ouvrage enchanteur, au style fort simple et à la présentation aérée, et qui plus est, est d'une lecture agréable.

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