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Cameroun : les visages de la pauvreté

Augustin Mbondé Moukouri         

Avec la communauté internationale, le Cameroun a célébré le 17 octobre dernier, la Journée internationale de l’élimination de la misère. Par ailleurs, dans le cadre de ses obligations avec les bailleurs de fonds, le gouvernement a mis en place un document stratégique de lutte contre la pauvreté.

Tout ceci nous amène à nous interroger sur les formes que prend la pauvreté dans notre pays. Si on prend en compte les résultats de l'enquête camerounaise sur les ménages (ECAM II) réalisée de septembre à décembre 2001, le seuil de pauvreté se situe à une consommation annuelle totale de 232.547 FCFA soit 19.379 FCFA par mois et par adulte, alors que le niveau alimentaire mensuel minimum calculé pour la ville de Yaoundé est de 12.616 FCFA.
En ramenant ces chiffres au niveau des individus, on trouve que 6.217.058 personnes ou 4 personnes sur 10 vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ceux-ci disposent de moins de 650 FCFA par jour pour se nourrir, se soigner, se loger, se déplacer. Il faut noter que cette consommation totale comprend la consommation monétaire, l'autoconsommation, les transferts en nature reçus d'autres personnes et le loyer pour les propriétaires de leur logement ou ceux qui sont logés gratuitement.
Il s'agit là des résultats globaux qui cachent bien de disparités. En zone rurale l'intensité de la pauvreté est de 18,7%, ce qui veut dire qu'il faudrait transférer à une personne vivant dans ce milieu 43.500 FCFA de revenu annuel moyen supplémentaire pour qu'elle dépasse le seuil de pauvreté, contre 10.000 FCFA seulement de plus à quelqu'un en zone urbaine.
Les régions les moins pauvres sont constituées des villes de Douala et Yaoundé et des centres urbains des provinces du littoral, du Sud- Ouest, du Nord -Ouest et de l'Est : moins de deux  personnes sur 10 y sont touchées par la pauvreté.
Par contre 45% des personnes sont pauvres dans les zones rurales, il s'agit de toutes les zones rurales à l'exception des provinces du Sud, de l'Ouest et du Sud- Ouest. L'incidence de la pauvreté est plus élevée dans les ménages dirigés par les hommes que par ceux dirigés par les femmes. Cependant, 51,4% de personnes dans les ménages pauvres sont les femmes qui représentent 51% de la population.
Les personnes les plus pauvres sont surtout les exploitants agricoles en milieu rural, 7 personnes sur 10, les travailleurs à leur propre compte du secteur informel en milieu urbain, plus de 10% des pauvres, et les chômeurs soit environ 1.218.000 personnes dont 336.000 soit 27,5% de pauvres. Par rapport aux besoins de base, l'enquête montre que 22.000 FCFA par an, 7,6% des dépenses totales des ménages, sont consacrées à la santé. Le niveau de vie influence fortement ces dépenses.
A l'Extrême Nord par exemple on y consacre 3,2% des dépenses contre 9% dans le centre. Pour ce qui est de la qualité des soins, 69% des usagers sont satisfaits des prestations du centre de santé le plus proche ; ceux qui se déclarent insatisfaits évoquent comme raisons : les coûts et la corruption, la qualité des services et le manque d'équipements appropriés.
Les ménages utilisent 5,4% de leur budget à l'éducation c'est-à-dire environ 48.000 FCFA par enfant et par an ; à l'Extrême Nord on dépense en moyenne 11.500 FCFA par an et par enfant contre 94.000 FCFA à Yaoundé. De plus les ménages non pauvres consacrent en moyenne 2.700 FCFA aux répétitions, 6.900 FCFA à la cantine et 4.400 FCFA au transport, tous des postes de dépenses qui n'existent pas chez les pauvres.
Dans notre pays,  06 personnes sur 10 occupent des logements dont ils sont propriétaires, et cette proportion monte jusqu'à 8 personnes sur 10 pour les pauvres. Pour distinguer les pauvres des riches dans ce cas, c'est le standing du logement et son équipement qui compte et non la propriété.
A cet effet, les pauvres sont défavorisés du point de vue de la disponibilité d'un WC avec chasse - eau, des murs et sols en matériaux définitifs, du mode d'approvisionnement en eau de boisson, en énergie d'éclairage et de  cuisine.
L'enquête montre que 1 ménage sur 2 consomme l'eau de la SNEC ou d'un forage, que moins de 5 ménages sur 10 s'éclairent à l'électricité et 1 sur 10 utilisent le gaz pour la cuisine.

Que pensez de ces chiffres ?

Un habitant de Douala peut être étonné en apprenant que si on a  20.000 FCFA par mois on n'est pas pauvre ; il s'agit évidemment des moyennes et ceci montre de grands écarts de niveau de vie au Cameroun.
Et de fin 2001, date de cette enquête à ce jour, la situation s'est certainement dégradée : la fin des travaux du pipeline, la vague des licenciements dans les entreprises, la hausse de la TVA et des prix des principaux produits peuvent l'expliquer.

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