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Commentaires

daniel Bertolino

A qui de droit

J'ai réalisé il y a 32 ans un film sur l'oeuvre du Père Dhellemmes chez les Pygmées Bakas dans la région de Djoum et de Sangbélima .
Ve film a été très remarqué à cette époque et a aidé aussi le Père Dhellemmes à faire connaître son travail auprès de ses bienfaiteurs
Je suis resté quelques années en contact avec lui par l'intermédiaire de son journal périodiquement diffusé, écrit à la main, magnifiques souvenirs touchants de son dévouement .
Je voudrais aujourd'hui en tant que cinéaste basé à Montréal au Québec , retourner sur les lieux et refaire un bilan sur le travail de ce Missionnaire et sur ce que sont devenus ses Pygmées,comme il disait.
J'ai travaillé de long mois avec le Père Dhellelemmes à filmer la vie quotidienne de ce peuple avec l'appui d'un de ses collaborateurs Pygmée qui s'appelait Emile .
Je cherche aussi à le contacter . Qu'est il devenu ?
Merci de me faire savoir si vous pouvez m"aider dans cette recherche .Le Père Dhellemmes était il Spiritains ? A quel congrégation appartenait il . Il portait la longue soutane blanche grise ,avec sa barbe blanche un peu comme les Pères Blancs.

A très bientôt j'espère .

Bien sincèrement

Daniel Bertolino

Dr Alain Froment

Bonjour
le père Dhelemmes est décédé au Cameroun il y a une dizaine d'années; son fichier démographique est conservé dans diverses missions mais plus personne ne poursuit son travail de mise à jour.

Dr Froment
Musée de l'Homme
75116 Paris

Stéphane Akoa

je suis très étonné de trouver dans votre article la mention d'un "projet d'intégration des pygmées par la sédentarisation et l'encadrement agricole financé par le Ministère des Affaires Sociales" car je n'ai jamais entendu parler d'un tel projet ! De quel projet voulez-vous parler ?

Il existe le PADES - projet d’appui au développement économique et social des Baka de la région de Djoum, Mintom et Oveng en relation avec leurs voisins bantu et les services publics locaux. Cette prestation engagée depuis 2005, pour une durée de trois ans, dans le cadre de la coopération bilatérale entre le Gouvernement Belge et le Gouvernement Camerounais, avec le Ministère des Affaires Sociales – MiNAS comme maître d’ouvrage, a pour objectif de reconnaître, consolider, et garantir les droits et promouvoir les devoirs citoyens de la communauté Baka.

Mais le PADES n'a jamais visé l'intégration des Pygmées par la sédentarisation et l'encadrement agricole !

Le PADES s’inscrit en synergie et en complémentarité avec les activités entreprises par les services publics et les organisations de la société civile en place. C'est une action focalisée sur des actions pilotes, exemplatives, dans les domaines de l’accès à des services sociaux de base, de la citoyenneté, de la sécurisation foncière et de la représentativité. Elle relève d’une démarche originale consistant à favoriser le dialogue entre les Baka, les Bantu et les structures d’intervention étatiques et non étatiques en tant que moyen d’insertion des Baka dans la société nationale.

Les trois premiers résultats du projet PADES sont axés sur la reconnaissance et la promotion des droits et devoirs fondamentaux des populations baka et bantu. Avec le souci tout particulier, de renforcer et de promouvoir l’accès à certains services sociaux de base, les droits civiques et politiques et la reconnaissance de la spécificité culturelle des populations dans leurs relations à la terre et à la forêt.

Le dernier résultat attendu porte sur le renforcement des capacités et dynamiques organisationnelles des bénéficiaires et des organisations intermédiaires qui les appuient. De ce point de vue, le renforcement des capacités apparaît comme une autre stratégie visant à assurer la pérennité du projet et à responsabiliser les bénéficiaires.

Il faut savoir qu’une sédentarisation brutale et rapide de la population Baka aboutira à leur fragilisation, tout au moins au début du processus. Ils dépendront uniquement de l’agriculture pour leur subsistance alors que leur mode de vie actuel met à leur disposition toute une gamme très variée de produits tirés de la forêt. En fait le style de vie auquel on convie les Baka doit leur paraître plus avantageux et proposer des améliorations substantielles par rapport à l’existant.

Souvent les communuatés Baka demandent des cases avec toit en tôles … répondre positivement à cette demande suppose accepter une stratégie plus engagée d'aménagement de l'espace de vie. Mais construire des habitations en matériaux 'modernes' pose aussi deux problèmes d'importance. Tout d'abord cela signifie fortement que l'on a fait le choix de sédentariser les Baka … mais alors quelles sont les conséquences prévisibles de cette sédentarisation ?! Quels sont les avantages/inconvénients de fixer les Baka sur un site 'définitif' ? … Site définitif et … défini par le groupe dominant [Bantous + Blancs apporteurs du projet ]

De plus, la nature des matériaux signifie aussi un choix technique dont la maîtrise ne sera pas, à l'évidence, assurée par les Baka : construire une toiture en tôle demande un savoir-faire que détient l'artisan Bantou. Donc là encore on va maintenir les Baka dans une sorte de dépendance technologique vis-à-vis des autres : si la toiture en tôle est emportée par un orage, il faudra d'une part que les Baka [ qui n'ont pas le savoir-faire technique pour assurer eux-mêmes la réparation ] fassent appel à un charpentier Bantu moyennant un défraiement certainement élevé et, d'autre part, que que les Baka aient des ressources financières suffisantes pour l'achat des tôles de remplacement

En s'assurant que les Baka ne sont dans une logique d'instrumentalisation du projet et non dans une utilisation des ressources de ce dernier pour leur autonomie et le renforcement de leur identité camerounaise. en clair 'donnez nous de l'argent, le reste on s'en fout'!

Les Baka ont pris le pli d'échanger très occasionnellement leur force de travail dans les plantations des Bantous contre des biens ou d'autres produits. A un certain niveau on peut même considérer que la sécurité alimentaire des Baka est assurée par les ... Bantous !

De plus, cette volonté de sédentarisation à marche forcée que l'on remarque dans bien des programmes [ notamment les actions soutenues par le Gouvernement ] signifie que du point de vue des Autorités le mode de vie et la culture Pygmées ne sont pas dignes d’intérêt. Cette sédentarisation vise une uniformisation de la culture locale et par conséquent son appauvrissement.

Aujourd’hui, la culture Pygmée se vend mieux dans le monde que celle des agriculteurs Bantous.

L’instauration d’une culture locale unique semble non réaliste. Et dangereuse à terme, pour les Baka. Car plus on est détenteur d'une culture et d'une tradition fortes, originales donc menacées plus on est considéré comme gênant , marginal et inadapté dans ce monde mercantile et formaté

D'autre part, l’objectif de scolarisation, louable par-dessus tout, demande beaucoup d’imagination : l’image de l’école publique au Cameroun se dévalorise de plus en plus, pour plusieurs raisons. L’une des raisons évidente est l'inadaptation de l'école à l’évolution de la société.

En effet l’école affiche une incroyable inaptitude à offrir le minimum social attendu : procurer un emploi. on constate, au Cameroun, que beaucoup d’étudiants, après la fin de leur cycle de formation, retournent dans leurs villages d’origine où ils doivent travailler la terre. Suivant des techniques de culture qui ne diffèrent pas vraiment de celles de leurs parents ... ou de leurs grands-parents ! Ce qui renforce le sentiment qu’ils auraient perdu du temps à l’école !

Ce qui signifie donc que si l'on doit scolariser les populations nomades, il conviendrait de travailler aussi sur l’image de l'institution scolaire.

Question : est-on prêt à aménager un emploi du temps plus attrayant pour les populations pygmées ?! Aura-t-on la volonté d'insérer dans les enseignements des modules innovants ?!

Pour la scolarisation des enfants Baka on peut tout à fait envisager d’adopter une stratégie de ‘discrimination positive’ en prenant appui sur des mesures incitatives et/ou d’encouragement fortes : prise en charge par le projet des frais d’écolage pour les enfants Baka, prise en charge par le projet des frais d’examen pour les enfants Baka, couverture maladie pour les familles Baka qui ont des enfants à l’école, motivation des enseignants …

Mais il faudrait faire attention que ces mécanismes n’accentuent pas le ressentiment des Bantous à l’égard des Baka.

Pour résumer : un choix qui consiste à ‘subventionner’ la scolarisation des enfants Baka pourrait certes avoir des effets spectaculaires pour les deux prochaines années scolaires mais ne garantit absolument rien pour le futur.

Sur le qualitatif c’est beaucoup moins simple … car cela signifie ne pas faire l’économie de certaines interrogations notamment sur le point de savoir à quoi sert l’école dans le Cameroun d’aujourd’hui …

On le sait, amener des classes d’âge entières jusqu’au baccalauréat et plus n’offre aucune certitude en terme d’emploi, de position sociale satisfaisante [ avec des revenus décents ] …

Il faut entrer dans le système scolaire, oui, mais il faut aussi en sortir avec un avantage comparatif flatteur : si l’école rapporte moins que le foot, la feymania ou … le braconnage, alors …

le projet pourrait conduire à une redéfinition des enseignements de base [ savoir lire, écrire et compter ] avec un bonus pour ce qui pourrait relever de l’éducation à l’environnement ou la citoyenneté + un apprentissage ‘technique’ pour la maîtrise de certains gestes utiles en relation avec le milieu et tout particulièrement la foresterie [ abattage des arbres, menuiserie … ]


Sur un autre plan , s'agissant de l’établissement et la délivrance des cartes nationales d’identité une question évidente se pose : pourront ils donner aux Pygmées la sentiment d’être de véritables camerounais ?! D'ailleurs, quelle perception ont les Pygmées de ce document ?!

Certains d’entre eux le possèdent déjà, mais le gardent soigneusement au fond de leurs cases pour ne le sortir que lorsqu'un visiteur se présente ou bien à l'occasion des élections, quand il faut aller voter ! Les Pygmées ne les emportent jamais lorsqu’ils se déplacent et leur fréquentation des services administratifs est tellement marginale que, pour eux, que ce papier est une tracasserie de plus ! la nécessité d’avoir des pièces officielles doit apparaître clairement aux Pygmées.

Par ailleurs il convient de se souvenir que la région de Djoum a longtemps été un des principaux greniers cacaoyers du Cameroun. Les populations Pygmées ont d’ailleurs été fortement mises à contribution dans la création, l’entretien des plantations et la cueillette des cabosses. C’est d'ailleurs de cette période que daterait le glissement sémantique vers une image dévalorisante des Pygmées : le fait qu’ils aient travaillé dans les plantations pour des contreparties souvent dérisoires a pu donner aux Bantous l’illusion de leur supériorité.

L’argent issu de la vente du cacao a été en partie investi dans des constructions de maisons cossues que l’on remarque encore aujourd’hui grâce à leurs tôles de zinc.

Pendant cette période d’embellie économique, les populations ont développé un individualisme de bon aloi, qui perdure encore aujourd’hui. mais avec la crise du cacao, les agriculteurs n’ont plus les revenus confortables d’avant. Et, dans bien des cas, se sont même appauvris ! Par conséquent, il se pourrait que nombre de Bantous dans cette partie du Cameroun ne soient guère plus riches que leurs voisins Baka !

Il n’y a donc, de fait, pas de raison pour que les Bantous acceptent ou plus encore, aident un projet qui risque de les priver de certaines prérogatives et même d'une domination certaine sur leurs voisins... de plus, il est impossible d'imaginer que les Pygmées souhaitent comme ça, spontanément, sans conscientisation préalable, d'opter pour leur survie (culturelle et économique ) plutôt que pour l'imitation servile du dominant.

Il s'est passé à peu près la même chose il y a un demi-siècle, lors des accessions aux Indépendances : on a fait peu de cas des spécificités culturelles et économiques d'avant la colonisation. On s'est précipité tête baissée dans la voie de l'imitation du maître qui faisait mine de partir et qui, du coup est resté, puisque cela arrangeait tout le monde !

Cette situation générale est aggravée par les fonctionnaires qui viennent implanter dans les régions de l'arrière-pays des villas somptueuses, donnant ainsi l’impression que la prospérité passe par l’accès à la haute fonction publique. Cette élite, puisque c’est comme cela qu’elle se fait appeler, vit de manière individualiste. Les actes de l’État parviennent aux populations de manière détournée car ces personnalités ne veulent pas perdre la place occupée à l’interface entre les populations et l’État : position devenue incontournable et qui fait que, très souvent, les transferts du sommet vers la base ou les doléances de la base à l'attention du sommet sont 'filtrées' !

L’action de l’État étant donc brouillée, les populations ont le sentiment d’avoir été délaissées par le Gouvernement. De fait, lorsque l’on met en place un projet en faveur des Baka et que, de surcroît ce projet reçoit un financement de l’extérieur, les agriculteurs sédentaires se sentent doublement abandonnés. Ils sont prêts, ne serait-ce que par inertie, à freiner ledit projet ...


Stéphanie

Pouvez vous me répondre en une dizaines de lignes à cette question:
Quels types de motivations sont à l'oeuvre chez les Pygmées?
Merci d'avance

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