Par Sylvestre Ndoumou
La lettre pastorale des Evêques du Cameroun sur la crise économique, publiée en mai 1990, avait identifié certains maux qui entravent le développement économique de notre pays. Il s'agit de la malveillance, l'absence d'un véritable esprit de solidarité, le tribalisme, la corruption, l'incivisme et le gaspillage.
Aujourd'hui en 2005, les difficultés que rencontrent les pouvoirs publics pour atteindre le point d'achèvement de l'initiative PPTE, donnent entière raison à nos évêques.
Il y a quelques mois, une opération apparemment anodine initiée par le Ministre de la Fonction Publique, Benjamin Amama a permis de découvrir un vaste réseau de détournement des fonds PPTE!
Oui, des Camerounais, disons clairement que des fonctionnaires sans scrupules, avaient déjà réussi l'exploit de détourner plus de 300 millions de Fcfa. En effet, l'audit ordonné par Benjamin Amama a mis à nu la technique utilisée par ces cadres du ministère de la Fonction publique.
Ils décaissaient de l'argent aux fins de paiement de certaines commandes, qui, malheureusement, n'étaient jamais livrées, ou alors, des marchés étaient payés, et même réceptionnés sur le papier, sans avoir été jamais réalisés.
Le commun des Camerounais peut alors comprendre pourquoi nos routes sont si délabrées, car l'argent qui doit servir à leur réfection est régulièrement détourné par des fonctionnaires véreux. Les difficultés que connaît le Cameroun pour atteindre le point d'achèvement de l'initiative PPTE sont aussi liées à l'esprit d'extrême cupidité dont font preuve certains responsables camerounais. C'est aussi peut -être cela qui est à l'origine de la non annulation de sa dette multilatérale à l'égard de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Africaine de Développement.
Ces maux qui sont à l'origine de nos difficultés économiques, ont été fortement dénoncés par les Evêques du Cameroun dans leur lettre pastorale sur la crise économique, dont voici les extraits les plus significatifs.
Appel au peuple chrétien
Un examen attentif montre que c'est dans la vie même de notre peuple, dans le cœur et la conscience de chaque citoyen, que se trouvent les racines du mal. L'action de l'Etat tout comme l'action de l'Eglise, demeureront sans effet, aussi longtemps que le peuple n'assume pas résolument ses responsabilités devant son propre destin. Les structures de péché sont malheureusement en nous et autour nous. Il est douloureux de dire: Nous ne sommes pas seulement des victimes de la crise; nous en sommes aussi les causes et les agents.
Le peuple chrétien qui est au Cameroun doit savoir que cette crise nous met en jugement devant Dieu. Le premier Commandement de la Loi et de l'Evangile nous dit: "Tu aimeras ton prochain comme toi-même’’.
Nous savons tous que dans notre pays, ce Commandement n'est pas entré dans les habitudes du peuple chrétien. La vie publique des citoyens est encore dominée par l'égoïsme, la mesquinerie, les jalousies et les haines. Voilà pourquoi l'absence d'un véritable esprit de solidarité, la malveillance, le tribalisme omniprésent … détruisent les efforts des bonnes volontés et s'opposent à tout vrai développement.
Corruption et incivisme
Les conséquences de cet esprit anti-évangélique sont incalculables. Dans la vie publique, l'absence de tout esprit civique entraîne, chez les fonctionnaires de toutes catégories, la corruption, le laisser-aller, l'absentéisme, l'esprit vénal, et ces fameux détournements de fonds publics qui défient toute vigilance.
La fraude douanière, le refus de payer les taxes et les impôts dus à l'Etat, sont des pratiques que l'on retrouve jusque dans les secteurs vitaux de l'économie de notre pays. Ces comportements constituent pour le chrétien des fautes graves, contraires, non seulement au civisme, mais encore à la morale au sens chrétien du mot.
Quand on pense que parmi les Camerounais qui gèrent des secteurs vitaux de notre économie, les arriérés d'impôts s'élèvent à plusieurs milliards de Fcfa, on doit reconnaître honnêtement que c'est en nous Camerounais, que se trouve en grande partie, la cause de la crise dont nous souffrons.
Gaspillage
Le gaspillage, malgré ces difficultés, continue à se développer de façon inquiétante, surtout dans les milieux des grands et des riches. Le petit peuple d'ailleurs n'y échappe pas… Beaucoup de Camerounais ne travaillent que pour s'amuser et gaspiller un salaire aujourd'hui envié par tant de chômeurs…
Fuite des capitaux
La fuite des capitaux vient aggraver une situation déjà catastrophique. Le pays saigné à blanc, voit ainsi bloquée sa vie économique, politique, sociale et culturelle. On avance des chiffres effrayants : près de 150 milliards de Fcfa fuiraient ainsi du Cameroun chaque année!
Remèdes
Si nous rappelons tous ces maux, ce n'est pas pour nous y complaire ni pour vous accabler… L'Eglise, forte des promesses du Seigneur qui nous répète chaque jour: "Je suis à vos côtés jusqu'à la fin du monde!", a la mission de proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ qui est un message de libération et de salut à tous les hommes de bonne volonté.
L'Eglise affirme tout haut, à chaque femme, à chaque homme de ce pays, qu'il n'y a pas de continent, pas de peuple maudit, et que ni l'Afrique, ni le Cameroun ne sont irrémédiablement condamnés.
Nos pays et nos peuples ont traversé depuis la préhistoire, des millénaires de lutte contre les adversités de la nature, contre les maladies, les famines, les guerres; l'Afrique a vaincu l'esclavage; elle a vaincu la colonisation; elle doit vaincre la crise, cette crise qui n'est ni la première, ni la dernière de sa longue histoire.

Commentaires