CITE DU VATICAN (AFP) - Les cardinaux électeurs se réunissent en conclave à partir de lundi en la Chapelle Sixtine pour élire un nouveau pape, et vont s'affronter sur deux conceptions de l'Eglise, le centralisme et la collégialité.
Les premières escarmouches ont déjà été engagées sur ce thème pendant la semaine de préparation du conclave, au cours des congrégations générales, selon les confidences faites par certains cardinaux à leur entourage.
Les 115 électeurs (deux cardinaux sont absents pour raison de santé) qui désigneront le successeur de Jean Paul II, mort le 2 avril, ont juré le secret sur leurs délibérations et leurs votes, mais ne sont pas tenus par cet engagement avant le conclave. Ils ont simplement accepté de ne pas parler ouvertement à la presse.
Pour la première fois, l'ensemble de la Cité du Vatican a été déclaré zone de conclave, et pas seulement la Chapelle Sixtine comme par le passé. Tous les personnels (chauffeurs, cuisiniers, liftiers ou gardes) assistant les cardinaux devront jurer de ne rien dévoiler de ce qu'ils pourraient avoir entendu.
Deux prélats devraient s'affronter au premier tour de scrutin: l'Allemand Joseph Ratzinger, 78 ans samedi, le très conservateur gardien du dogme de l'Eglise, surnommé le "grand inquisiteur" par ses partisans, et l'Italien Carlo Maria Martini, 78 ans, ancien archevêque de Milan et chef de file des "progressistes". Mais ces deux candidats devraient se neutraliser, faute de rallier les 77 suffrages nécessaires, soit la majorité des deux tiers. Les scrutins se dérouleront au rythme de quatre par jour, deux le matin et deux l'après-midi, et une pause d'un jour est prévue le troisième jour.
L'accord trouvé, il sera annoncé par une fumée blanche s'élevant au-dessus de la chapelle Sixtine et confirmé, pour la première fois, par les cloches de la basilique Saint-Pierre. L'élu devra donner son consentement à son élection et choisir son nom. Il sera ensuite présenté aux fidèles après l'annonce en latin "habemus papam".
Mgr Ratzinger, tout comme Mgr Martini, sont des théologiens de renom, très respectés, mais âgés et de santé fragile. Mgr Ratzinger aurait eu une attaque cérébrale dans les années 80 et Mgr Martini souffre de la maladie de Parkinson. Et tous deux cristallisent contre leurs noms des oppositions radicales. Le cardinal Ratzinger et ses partisans ont un programme structuré, qualifié de "néo-conservateur" par le vaticaniste Sandro Magister. "Face à eux, personne au sein du collège n'a proposé une alternative", a-t-il souligné.
Prélat d'appareil soutenu par les plus conservateurs des cardinaux et tous les nouveaux mouvements catholiques radicaux, Joseph Ratzinger défend le centralisme de l'Eglise autour du pape et de la Curie. Il pourrait compter sur une quarantaine de votes. Carlo Maria Martini plaide pour un accroissement des pouvoirs des évêques et des Eglises locales pour éviter des réactions de rejet, comme celle des Espagnols face à l'ingérence du Vatican dans leurs débats de société. "En termes laïques, on parlerait d'une volonté de démocratisation de l'Eglise", a expliqué l'éditorialiste Giulio Anselmi dans le quotidien de gauche La Repubblica.
Si les premiers tours neutralisent les deux favoris, chaque camp fera monter ses autres candidats: le Patriarche de Venise Angelo Scola, 63 ans, ou le cardinal de Vienne Christoph Schoenborn, 60 ans, pour les conservateurs; le cardinal de Milan Dionigi Tettamanzi, 71 ans, le Patriarche de Lisbonne Jose Da Cruz Policarpo, 69 ans, où le Hondurien Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga, 62 ans pour les "progressistes", estiment les vaticanistes.
Cette situation s'est déjà produite en octobre 1978, lorsque les deux favoris à l'époque, les Italiens Giuseppe Siri et Giovanni Benelli, n'avaient pu s'imposer. Au huitième tour, les cardinaux allemands, américains et espagnols avaient fait élire le Polonais Karol Wojtyla. A trois jours de l'ouverture du conclave, rien n'est encore joué et certains vaticanistes prédisent plusieurs tours de scrutin. Les conclaves du XXème siècle, depuis 1903 et l'élection de Pie X, n'ont pas excédé quatre jours.
Le plus bref a été celui qui a désigné Pie XII, le pape germanophile élu en 24 heures au 3ème tour de scrutin le 2 mars 1939. Le plus long a duré 4 jours et demandé 14 tours de scrutin pour élire Pie XI le 6 février 1922.

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