Le Pape Jean-Paul II, le Père de ceux que l'on écrase
Par Père Antoine de Padoue Chonang
Je m'en souviens comme si c'était hier. Et pourtant, beaucoup d'eau a coulé sous le pont depuis lors. C'était en 1985, lors de la première visite du Saint Père au Cameroun. La Cathédrale Notre-Dame des Victoires de Yaoundé qui s'apprêtait à l'accueillir, grouillait naturellement de monde.
Soudain, l'effervescence monta d'un cran: le Saint Père était annoncé ! Alors que l'inénarrable Mgr Marcinkus, le chef de son service de sécurité, de ses bras herculéens, forçait, contre la pression de la foule compacte, les deux battants de la porte à se refermer derrière le Pape, celui-ci faisait son entrée dans la cathédrale.
Là, au fond, à quelques mètres de lui, se morfondait contre le mur une petite vieille qu'un monsieur en costume venait d'y repousser sans ménagements, afin de se retrouver en pôle position pour serrer la main du Pape. Le manège n'avait pas échappé à Jean-Paul II.
De fait, lorsque le monsieur - qui était le tout premier à le faire - tendit la main vers lui, il la repoussa. Puis, il fit signe à la petite vieille au fond d'avancer. Je crus entendre, comme dans le cas de cet infirme rabroué par les hommes, mais sur lequel le Christ avait posé son regard miséricordieux: "Courage, le Maître t'appelle!".
Lorsque, clopin-clopant, elle parvint à sa hauteur, non seulement le Saint Père la salua, mais, il l'embrassa! Du coup, elle était devenue la coqueluche de ce carré où chacun cherchait à la toucher, pour sentir un peu l'odeur du Pape… Nous voyons par là à quel point Jean-Paul II avait une prédilection spéciale pour les pauvres, les petits, les exclus de la société, ceux-là que l'on écrase sans états d'âme… C'est dans ce sillage que se situent ses efforts inlassables pour la défense du Tiers-Monde et du Quart-Monde, et pour la construction d'une "Civilisation de l'Amour" à laquelle il a voulu associer étroitement les Jeunes qu'il aimait tant: "Jeunes, soyez les bâtisseurs de la Civilisation de l'Amour".
Dans sa vie comme dans sa mort, il a voulu incarner à la lettre cette recommandation du Christ: "Si vous ne redevenez pas comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux". Tout petit, il l'est devenu dans ce minuscule cercueil dépourvu d'éclat dans lequel, suivant ses volontés, il a voulu être inhumé, humble, sans parures ni d'or ni de diamant.
Cercueil posé là, à même le sol, au milieu des millions de pèlerins de toutes les catégories sociales accourus du monde entier, et dont le dépouillement constituait en même temps une invitation et une interrogation: "Heureux les pauvres…Qu'avez-vous fait des pauvres?".
Un message fort, adressé à tous, et particulièrement aux grands de ce monde.




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